Le diable du Juch

An Diaoul



Ainsi parle la légende: " ce jour là, avec les Saints de Bretagne était fête dans le Paradis. Devant la porte de la trinité,ils étaient tous à attendre d'être reçus par le père Eternel. Saint Ronan, de Locronan, fut appelé le premier, saint Maudet du Juch, était au dernier rang. Ainsi à son tour il parla: "Mon Dieu,dit-il à vous, je viens encore faire une demande. une église est au Juch, des plus belles que l'on voit, mais la tour est sans cloche, car hélas! on ne peut donner le nom d'une cloche à une sonnette de rien du tout." Dieu répondit ainsi: "Maudet,mon serviteur agréée votre demande vous aurez. Le Juch aura une cloche, la plus grande qui sera dans le pays. sa voix retentira à travers les landiers."

Une après-midi du mois noir, une charrette cherchait à s'élever sur la cime des monts d'Arrez. Attelés au char, étaient dix chevaux et dix boeufs. Lourd était le char. Pour le mener était un homme de haut rang, renommé en Basse-Bretagne, nommé Hervé du Juch. orgueil grand était en lui, car il portait à la maison la cloche neuve de Saint-Maudet. Si grande elle était et tant elle pesait qu'enfonçait le char dans le marais de l'Ellé. Hervé désespéré, avait fait dessein d'abandonner sa charrette et sa cloche, losqu'il vit devant lui un homme à la barbe longue. " Seigneur, je suis venu vous trouver, dit l'Etranger, pour vous donner la main. Sans charrette et sans chevaux, je vous porterai votre cloche. En dédommagement d'avec vous je demande seulement, dans votre église, d'avoir un jour mon image". Hervé resta saisi. Sur le bout des pieds l'Etranger portait comme de la corne. " Cet homme, se dit Hervé, doit venir de l'enfer."

Mais comment trouver secours au milieu des Monts d'Arrez ? " Faisons marché avec le diable, se dit Hervé, puisqu'il est vrai qu'il ne me demande pas mon âme". Aussitôt l'Etranger, comme en se jouant, d'un coup d'épaule, désembourbe le char. De la charrette, il prend la grande cloche et, comme une plume, il la charge sur ses épaules. Alors, il court par bonds, la cloche du Juch sur son dos. bien longtemps avant l'aurore et que fussent réveillés les gens, la cloche de Saint-Maudet était montée dans son perchoir. Le lendemain, le bedeau, déjà agé et tout cassé, s'en alla pour sonner l'Angélus. De toute la force de ses bras, il tira sur la corde. La cloche ne bougeait beau. "Hélas, se dit-il, je suis plus bon à rien". Il retournait à la maison, lorsqu'il lança un regard du coté de sa clochette. Que voit-il ? Une cloche pesante en haut, venue là au milieu de la nuit, nul ne sait comment. Il comprend alors le mystère.

Le bruit de la nouvelle, comme un coup de foudre, courut à travers le pays. Cinq hommes des plus forts fallut avoir pour mettre en branle la cloche, le jour du grand pardon. Elle fut entendue jusque par par les gars de la Pointe du Raz. Les gens venaient au pardon, si bien qu'étaient pleins les chemins. Il n'avait été vu tant de gens au Juch qu'il n'en fut ce jour là.

La première chose que fit Hervé fut au château du Juch d'appeler un sculpteur. Avec lui fut marché de faire l'image. Chagrin fut le pauvre homme, car jamais son ciseau n'avait fait jusque-là un diable avec ses cornes. En cherchant, vint une idée. Au Juch vivait un meunier, un homme honnête, si ce n'est qu'il avait un visage à épouvanter les corbeaux. Gobevent, tel il était appelé, parce qu'il avait la bouche ouverte comme un four. Ses oreilles étaient longues comme des oreilles de lièvre, maigre il était comme un barreau de barrière et boiteux par dessus le marché. Orgueil était dans le sculpteur, il avait trouvé son homme." Je n'ai jamais vu de diable de ma vie, se dit-il, mais il ne doit pas être plus effrayant que celui-ci."

Quand fut achevé son travail, fut portée au chateau la statue sur son char. Elle plut au seigneur et à la dame aussi. Après cela, à l'église, elle fut juchée sur trône, mais sous la statue de Saint-Michel, sur l'avis du recteur. Ses yeux son grands comme ceux d'une vache, ses joues fendues jusqu'aux oreilles, ses cornes pareilles à celle d'un taureau, ses regards étincelants sont féroces et sauvages, ses oreilles longues comme celles d'un âne.

Si vous ne m'en croyez, allez voir au Juch !"

Extrait de la revue éditée à l'occasion du centenaire de la commune et en vente auprès de l'association patrimoine



Tristan et Iseult